Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est islam. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est islam. Afficher tous les articles

dimanche 26 octobre 2025

« Les alaouites : de la doctrine cachée au pouvoir exposé »

(…) les héritiers d'une tradition religieuse initiatique et singulière, enracinée dans les replis montagneux de la Syrie (…)

Cette communauté a été nommée alaouite par les Français, lors de leur mandat en Syrie au XXe siècle. Avant on les disait nosayrites, en référence à Ibn Nosayr, un disciple dissident du onzième imam chiite Hasan al-Askari, dans l'Irak abbasside du IXe siècle (…) il aurait élaboré une doctrine ésotérique centrée sur la divinisation d'Ali et l'interprétation symbolique des prescriptions religieuses. Ses partisans, marginalisés dans les centres du pouvoir musulman et persécutés, trouvent refuge dans les montagnes côtières de Syrie (…)

Les alaouites, accusés par leur adversaire de taqia, dissimulation (…)


(…) le cœur de la doctrine alaouite repose sur une trinité (AMS), composée de trois manifestations divines: Ali, la Signification, est le principe divin suprême ; Muhammad, le Nom, en est la manifestation prophétique ; et Salman, chrétien persan converti à l'islam, la Porte, médiateur entre le divin et les hommes (…) Ainsi, de même que l'Un chez Plotin déborde de lui-même pour produire le monde, la Signification s'épanche en Nom et Porte pour rendre le divin accessible.

Beaucoup d'études considèrent que les alaouites professent la transmigration les âmes (métempsychose), croient en un univers structuré par des cycles cosmiques et interprètent les obligations rituelles islamiques comme des vérités spirituelles intérieures. Les interdits alimentaires ne seraient pas systématiquement observés selon les normes islamiques classiques et la consommation d'alcool serait fréquente. Pratiquant une lecture ésotérique du Coran, leur doctrine se trouverait dans des textes réservés aux cercles initiés, et jamais divulgués (…) Seuls les hommes peuvent être initiés, normalement à l'âge de 15 ans. Par ailleurs, on alaouite, on ne le devient pas.


(…) les corpus juridiques classique sunnites les excluent de la Umma (…)

Sous l'Empire ottoman, ils sont considérés comme hérétiques par l'orthodoxie sunnite, et exclus des cadres juridiques du millet.

En l'absence de reconnaissance officielle, ils sont soumis à l'arbitraire local, parfois contraints à payer des taxes exceptionnelles, et périodiquement victimes d'expéditions punitives (…)


Cette situation change à partir de l'installation du mandat français sur la Syrie, à la suite du démantèlement de l'Empire ottoman. En 1920, dans le cadre de sa politique des minorités, la France établit un « État des Alaouites » distinct, centré sur Lattaquié, et séparé du reste de la Syrie mandataire (…) Cet État subsiste officiellement jusqu'en 1936 (…)

Recrutés dans les troupes spéciales du Levant, ils acquièrent discipline, formation, et surtout un statut que leur société d'origine ne leur offrait pas. Parallèlement, les écoles ouvertes par les autorités françaises ou par des institutions missionnaires permettent à une première génération d'alaouites d'accéder à une culture écrite et à des fonctions intermédiaires (…)


En 1963, le coup d'État du parti Baath marque un tournant. Nationaliste, socialiste et se réclamant de l'unité arabe, il attire nombre de jeunes officiers issus de milieux modestes, en particulier alaouites (…)

En février 1966, un nouveau coup d'État interne au Baath porte au pouvoir une faction radicale dominée par des officiers alaouites. Le processus culmine avec l'arrivée au pouvoir de Hafez al-Assad en 1970, à la faveur d'un ultime putsch (…)

Si le régime se présente comme laïc, modernisateur et arabe (…) Le lien communautaire n'est jamais revendiqué publiquement, mais il sous-tend l'organisation d'un État qui se bunkérise (…) le régime (…) concentre les centres de commandement réels - défense, renseignement, finances- entre les mains d'un cercle étroit. Cette double logique, d'apparence pluraliste mais de fonctionnement restrictif, permet au pouvoir d'absorber les contradictions d'un pays multiconfessionnel sans réellement les résoudre.

La communauté alaouite, qui représente environ 10 à 12 % de la population syrienne, se trouve ainsi surreprésentée dans les secteurs névralgiques de l’État (…)

Le régime se présente comme un bastion pro-palestinien de résistance contre Israël et l'impérialisme occidental, tout en nouant des partenariats discrets avec des puissances occidentales lorsque cela sert ses intérêts (…)


La guerre accentue ainsi un double phénomène. D'un côté, la communauté alaouite devient le socle militaire du régime, surreprésentée dans les unités de terrain, les services de renseignement et les milices supplétives. De l'autre, elle devient la cible privilégiée de certains groupes rebelles, non pas en tant qu'individus, mais en tant que groupe assimilé au pouvoir.


(Extrait d'un article d'Antoine Fleyfel, in Bulletin de l'Œuvre d'Orient, 3è trimestre 2025)

dimanche 1 octobre 2023

Houellebecq - Onfray : extraits d'un entretien

MICHEL ONFRAY

On préfère oublier que les philosophes des Lumières voulaient un homme nouveau et l'amélioration de la race. Prenez Émile de Rousseau, c'est une pédagogie très autoritaire, très étatique. Bref, l'eugénisme est un produit des Lumières.


MICHEL HOUELLEBECQ


Mon second argument, c'est le scandale du concept de « mourir dans la dignité ».

Ça veut dire que refuser l'euthanasie, accepter de se montrer physiquement diminué, ça manque quand même un peu de dignité. Je trouve répugnant de suggérer une telle chose (…)

Il y a une tendance récente, que j'ai particulièrement remarquée dans l’affaire Vincent Lambert, qui est de réduire les gens à leur capacité de communiquer avec autrui. Je trouve ça infect et, par ailleurs, stupide. Personne ne sait ce qui se passe dans un autre esprit humain. Personne ne le sait réellement.


MO


Sur Kant, vous avez raison, c'est vraiment le grand penseur de la dignité, et il n'a pas envisagé une seule seconde qu'on puisse se suicider.

Contrairement à ce que l'on croit, le kantisme n'est pas seulement la philosophie du devoir à l'endroit d'autrui et de l'impératif catégorique. Pour lui, on a aussi des devoirs envers soi-même.


MH


(…) je me suis dit que l'agonie était un moment très important; que c'était vraiment quelque chose qui faisait partie de la vie et qui ne devait pas être escamoté.

Au cours des différentes agonies dans lesquelles j'ai été impliqué, j'ai acquis la certitude qu'il aurait été très grave d'y mettre fin prématurément.


MO


(…) je distinguerai d'abord l'hypothèse d'un Dieu déiste et celle d'un dieu théiste. Le Dieu déiste se borne à créer le monde, tandis que le Dieu théiste s'occupe de tout. Après le tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, Voltaire se demande pourquoi Dieu a voulu un tel désastre. Une réponse théiste à cette question, que l'on trouve notamment chez Camus, dans La Peste, c'est que les hommes paient le fait de n'être pas assez pieux. La réponse déiste, c'est que Dieu a créé la tectonique des plaques mais se moque complètement, depuis, de gérer les affaires courantes de la géologie planétaire. Voltaire choisit donc la réponse déiste (…)


La religion, c'est ce qui suppose qu'il existe un arrière-monde et que celui-ci donne sens au monde.


MH


Ce qui est intéressant, c'est que le bouddhisme ne propose pas d'arrêter le cycle, mais, si possible, d'en sortir pour rejoindre l'âme du monde dans un état de béatitude et de sérénité.


MO


De sorte que même s'il n'y a pas Dieu, il y a quand même une transcendance, qui est la condition d'une religion. Et c'est ce qui lui procure son vitalisme.


MH


C’était merveilleux, à l’époque, de voir à  quel point chaque pays était différent, à quel point c'était intéressant de voyager. J'ai compris alors que si on faisait l'Europe, toute cette diversité allait disparaître et serait remplacée par le modèle américain.


MO


(…) si Victor Hugo veut unifier l'Europe, c'est pour aller foutre la pâtée aux Asiatiques et aux Africains. Leur amener les Lumières, de gré ou de force. C'est explicitement indiqué dans son fameux texte sur les Etats-Unis d'Europe, qui procède d'une logique belliciste et belliqueuse. Mais évidemment, les « maastrichiens » ne l'ont pas lu et disent que c'est formidable, l'Europe de Victor Hugo, alors qu'en réalité, il rêvait très précisément de fabriquer une hypernation pour aller détruire et civiliser le reste du monde.


(…)

Quand je vois, au Louvre, la manière dont ça se passe... On est poussé par des centaines de gens, comme une matière fécale dans un transit intestinal.


(…)

Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter au président américain Woodrow Wilson qui, en 1920, a établi un projet de domination du monde. Puis, en 1944, les Américains ont, comme vous le savez, voulu s'imposer en France. Ils ont débarqué en Normandie, avec un projet d'occupation, qui se serait appuyé sur une administration, l'AMGOT, 

(…) Pour eux, la France, à ce moment-là, était une terre vassalisée. D'ailleurs, le débarquement du 6 juin avait pour nom de code Overlord, qui signifie « suzerain », on ne saurait mieux dire (…) 

Jean Monnet, qui, comme on le sait, était payé par la CIA.


MH


Les guerres modernes sont parvenues à un trop grand niveau d'abomination par la conscription obligatoire, rapidement utilisée par des dirigeants de triste mémoire comme Napoléon, qui a été le premier à disposer d'une masse de chair à canon infinie. 


MO


Je crois, cher Michel, que le péril de l'Europe, c'est l'Allemagne, ce pays qui a toutes vos faveurs et qui est quand même un incroyable rouage de transmission de la machine américaine. Il est assez sidérant que les Allemands soient en train de se réarmer à la faveur du conflit en Ukraine et qu’ils achètent leurs avions aux Etats-Unis.


MH


(…) j'avais deviné que l'Université serait un des premiers lieux de la collaboration avec l'islamisme.

Ce n'était pas évident, a l'époque, le mouvement woke n'existait pas en France.


MO 


Je dirais plutôt que le christianisme a perdu de son incandescence quand le théisme est devenu déisme avec Descartes….


MH


Je me suis longtemps demandé ce qui se passerait quand les intersectionnalistes se retrouveraient face à leur contradiction la plus flagrante, l'opposition frontale entre l'islam et le féminisme. Eh bien, j'ai vu. L'affaire des viols de Cologne m'a ouvert les yeux. En cas de difficultés avec l'islam ou même, simplement, avec l'immigration, les féministes s'écrasent, pour ne pas employer de terme plus déplaisant. Les féministes occidentales ne sont pas si dangereuses que ça, elles sont aussi lâches que les hommes occidentaux, tout aussi prêtes à se soumettre (…)

J'ai été frappé par la fin de White, le dernier livre de Bret Easton Ellis, qui raconte ce à quoi il a assisté lors de l'arrivée au pouvoir de Trump. Ses amis sont presque tous des juifs libéraux de gauche. Ils ont adopté des comportements bizarres.

Pendant quelques dizaines de pages, l'auteur essaye de qualifier leur comportement et il finit par se résigner à utiliser le seul mot qui convienne: en fait, ils sont devenus fous. Ils ont réellement cru qu'ils étaient physiquement menacés par l'administration Trump.

Beaucoup se sont réfugiés en Europe.

Ils sont tous riches, alors ils sont allés dans le Lubéron ou en Toscane. Un comportement aussi névrotique ne peut exister qu'aux Etats-Unis d'Amérique. Moi, j'avais cru bêtement, au moment de l'élection d'Obama, qu'une réconciliation allait se produire entre les Blancs et les Noirs. Alors que c'est exactement l'inverse qui s'est produit, tout s'est aggravé. Tout est devenu plus violent et plus imprévisible. Donc, je ne parierais rien sur ce que penseront les Américains dans dix ans. Il se peut que le mouvement woke disparaisse en quelques semaines. Et nous sommes complètement à la remorque des États-Unis. Complètement. On ne peut pas lutter contre ce qui vient d'Amérique.

On n'est pas mentalement armés pour ça. Ce qui m'amène à cette conclusion désolante: notre seule chance de survie serait que le suprémacisme blanc devienne trendy aux USA (…) 


En France, la minorité ethnique étrangère la plus appréciée, et de loin, est asiatique.

Et elle a également été, pendant des décennies, la moins assimilée, et de loin.

(…) pour une seule et très bonne raison: il y avait moins de délinquants chinois que de délinquants français du même âge. Beaucoup moins. 


MO


Il faut prendre ces trois sources, où l'on voit que Mahomet tue des gens, qu'il les décapite, même, et qu'il indique ce faisant une voie pour atteindre le paradis.

(…) Mais il y a aussi les versets abrogeants, qui disent que quiconque tue un homme tue tous les hommes et que quiconque sauve un homme sauve tous les hommes (…)

(…) le grand mufti de Jérusalem avait choisi son camp quand il est allé voir Hitler pour soutenir la création de divisions SS composées de nazis musulmans.

Après avoir, dit-on, prié dans la seule mosquée qu'il y avait à Berlin à cette époque-là, il aurait recommandé au führer de « ne pas oublier les enfants » dans les rafles de juifs…


(…) Je pense que c'est plutôt le modèle de l'adolescent qui est gênant dans notre société, davantage que le modèle de l'enfant.

Pendant longtemps, l'adolescence, ça n'a pas existé. Et puis, on a inventé cette période de la vie, qui nous permet d'être des enfants quand c'est avantageux et des adultes quand ça l'est également. Résultat, on a des têtes à claques. La tyrannie de l’adolescence, c’est terrible.


MH


En fait, ce que je préfère chez de Maistre, ce sont ses écrits contre le protestantisme. Il met le paquet et pour lui, c'est clair, tout le mal vient de Luther, y compris la Révolution française.

(…)


En 2050, rien qu'au Nigeria, il y aura 400 millions d'habitants. Pendant ce temps, l'Europe continuera de se de peupler. Après, c'est de l'hydraulique.

Le transfert se fera et la composition de la population changera sur le plan ethnique, ce qui ne me dérange pas particulièrement. Mais aussi sur le plan religieux, ce qui me dérange bien davantage.


MO


Nous vivons dans la jurisprudence de Michel Foucault qui était très problématique d'un point de vue intellectuel. Il pensait que la société est toujours coupable, les criminels toujours des victimes.


(in Front Populaire, Hors-Série n°3, décembre 2022)

dimanche 12 septembre 2021

Des raids barbaresques en Méditerranée

"La Méditerranée occidentale a longtemps été une ligne de front entre l’islam et la chrétienté. 

Jusqu’au XIe siècle, l’islam contrôle l’Afrique du Nord, la Sicile, l’Espagne et même une partie de la Provence. 

Du XIIe au XVe siècle, la chrétienté contre-attaque, mais au XVIe siècle, l’islam reprend l’avantage, avant d’être mis en échec à la bataille de Lépante, en 1571.

Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, enfin, une sorte d’équilibre s’établit : si la puissance navale des États occidentaux (y compris une nouvelle venue, l’Angleterre protestante) s’accroît sans cesse, les États musulmans d’Afrique du Nord, dits “barbaresques”, continuent à mener une ghaziya active, sous forme de franche piraterie ou de raids côtiers, notamment pour se procurer des esclaves. 

À la fin du XVIIIe siècle, cette piraterie se combine avec une sorte de racket officiel. Les États nord-africains, empire indépendant du Maroc ou régences ottomanes d’Alger, de Tunis et de Tripoli, offrent de “protéger” les vaisseaux occidentaux : de s’abstenir de les attaquer, moyennant le paiement d’un tribut. Curieusement, les pays européens acceptent ce marché. Parce qu’il revient moins cher qu’une guerre ; mais aussi parce que la Méditerranée est alors un espace maritime secondaire, comparé à l’Atlantique.

Le rapport des forces s’infléchit au profit des Occidentaux au tournant du XIXe siècle. La France révolutionnaire conquiert l’Égypte ottomane en 1798. Et, si elle s’en retire trois ans plus tard, ce n’est pas à la suite d’une contre-attaque du sultan, mais sous la pression des Anglais. En 1801, une nouvelle puissance occidentale, les États-Unis, refuse le chantage barbaresque : elle envoie une flotte de guerre et un corps d’infanterie de marine -le US Marine Corps -en Méditerranée. Tripoli est assiégé en 1803 par les Américains, bombardé en 1804 et occupé en 1805. Alger est attaqué en 1816. 

Enfin, en 1827, les Français, les Britanniques et les Russes décident de porter secours aux insurgés chrétiens de Grèce : leurs flottes pulvérisent à Navarin, à l’ouest du Péloponnèse, une flotte turco-égyptienne."

(extrait d'un article de Michel Gurfinkiel, in Valeurs actuelles, 5/08/2021)

jeudi 27 mai 2021

Extrait d'un entretien avec Patrick Buisson

(…)

- Nous payons, écrivez-vous, le prix de la liquidation du monde ancien et des dérégulations massives qui ont suivi mais, paradoxalement, le monde ancien n’est-il pas en train de resurgir de façon inopinée ?


- C’est très précisément la bonne nouvelle que porte la pandémie. Ce que les Français ont applaudi, chaque soir à 20 heures, à travers le personnel hospitalier et tous les premiers de corvée qui ont tenu la France à bout de bras, ce sont les valeurs du monde d’avant, celles que la mondialisation et la globalisation avaient décrétées obsolètes autant qu’indésirables : la gratuité, l’entraide, la solidarité, le don de soi, le dévouement au bien commun. Ce qu’ils ont plébiscité, ce sont les valeurs du monde de la dette et du devoir contre celles du monde du dû et du droit. Le monde des débiteurs contre le monde des créanciers. Bref, l’antithèse absolue de ce nouveau monde dont Emmanuel Macron s’était fait, lors de sa campagne de 2017, le chantre enthousiaste et l’habile fondé de pouvoir.


- La crise sanitaire a-t-elle mis en échec l’idéologie du progrès ?


- La foire d’empoigne des médicastres et autres morticoles sur les plateaux de télévision, où les sachants ont voulu jouer aux sachems en dépossédant le politique de sa substance et le peuple de sa souveraineté, n’a pas fait que délégitimer la “parole experte”. Elle a mis à nu le dispositif de savoir-pouvoir si bien décrit par Michel Foucault. « L’idolâtrie des moyens, écrivait Bernanos, va toujours de pair avec l’oubli des fins. » Dans le sillage de l’abominable XIXe siècle, le couple abrasif que formaient la science et la technique a voulu s’ériger en finalité. “Plus de science, moins de croyances”, c’était l’antienne des nouvelles idoles. Le Covid nous confronte à un événement régressif que les modernes, embarqués dans leur délire prométhéen, n’avaient pas osé imaginer même dans leurs pires cauchemars. Le grand récit de l’homme émancipé par la science et augmenté par le transhumanisme bute sur une bestiole qui nous ramène cruellement à notre condition de mortels (…)


À la mort de Jean XXIII, de Gaulle a eu ce mot terrible, rapporté par Peyrefitte : « On a toujours tort de donner l’apparence de se renier, d’avoir honte de soi-même. Comment voulez-vous que les autres croient en vous si vous n’y croyez pas vous-même ? » (…)


L’ homo economicus, qui nous est présenté depuis les années soixante comme le modèle achevé de l’aventure humaine, postulait l’éradication de tout ce qui plafonnait les possibilités de bonheur terrestre. D’où la grande offensive culturelle contre la culpabilité d’essence chrétienne qui agissait comme un frein à la jouissance et à la consommation. L’antagonisme radical du marché et du sacré a pris forme à ce moment-là. La télévision s’est chargée de la grande entreprise de rééducation populaire et de lessivage des consciences en dissipant ce que le poète Henri Michaux appelait le « stellaire intérieur ». Jamais une autorité émergente n’aura disposé d’un tel pouvoir pour conditionner les esprits. Jamais soumission à un magistère ne fut aussi totale et instantanée (…)


- Le recul du sacré est-il au cœur de notre relation à l’islam ?


- Évidemment. Comment demander aux musulmans de s’assimiler à une société qui n’est plus approvisionnée en religieux et en sacralité ? Dans les années soixante, l’assimilation était encore possible dans la mesure où subsistait, d’une part, une identité forte et attractive du patriotisme français comme religion séculière et, d’autre part, une proximité morale et symbolique entre l’islam et les valeurs chrétiennes. Ces creusets-là n’existent plus (…)


- À qui la faute ?


- Un certain fondamentalisme républicain est incontestablement à l’origine du processus de radicalisation des musulmans de France. Parce que faute de ressources et d’appareil symbolique pour faire religion à la place de la religion, il s’enferme dans le déni du besoin anthropologique de religieux, dans le rejet de toute dimension sacrée de la vie humaine, le laïcisme n’est pas la solution mais une partie du problème. Sans compter la dérive libertaire, individualiste et hédoniste de la société française qui nourrit chez les musulmans un double sentiment explosif d’infériorité en termes de puissance et de supériorité en termes de civilisation. Comment, face à une société qu’ils jugent décadente et apostate, les musulmans ne se sentiraient-ils pas agressés dans leur être de croyant et leur identité profonde ? L’islam n’est au fond que le miroir qui nous renvoie l’image de tout ce que nous avons perdu, et notamment l’idée même du sacré qui nous est devenue complètement étrangère.


- Vous les comprenez ?


- Nous sommes le seul pays d’Europe où les signes religieux extérieurs sont pratiquement bannis de l’espace public alors que la pornographie de la marchandise et l’obscénité publicitaire s’étalent à tous les coins de rue et sur tous les écrans. J’ai plus de respect pour un musulman qui fait sa prière cinq fois par jour que pour un bobo écolo à trottinette. Plus de respect pour la pudeur d’une femme voilée que pour les lolitas de 13 ans en string. En tant que catholique, je ne me scandalise pas qu’un croyant puisse mettre la loi naturelle au-dessus des lois de la République.


- Alors la guerre civile est inéluctable ?

- Non. Le problème n’est pas tant l’islam que l’immigration. Faute d’assimilation possible, il faut prévenir les risques de conflit par une politique volontariste qui s’attache à réduire, par tous les moyens et de façon drastique, le poids démographique de l’islam en France, tout en laissant les musulmans parfaitement libres de pratiquer leur religion sur le territoire national.


- Quel est pour vous l’ennemi principal ?

- Ce n’est à coup sûr ni l’immigré ni le musulman. Mais bien plutôt la classe dirigeante qui, droite et gauche confondues, a créé, en toute impunité sinon en pleine conscience, les conditions de l’explosion qui nous menace aujourd’hui. Après un honteux déni du réel, on assiste, désormais, à l’émergence d’un nouveau politiquement correct à l’intérieur du politiquement incorrect. Il consiste à donner des gages sur les enjeux de société au progressisme libertaire (infanticide des enfants de neuf mois, euthanasie, PMA-GPA) pour mieux faire passer, sous couvert de lutte contre l’islamisme et l’immigration, un discours de classe contre tous les laissés-pour-compte, les réfractaires et les indésirables de la modernité. Comment ne pas mépriser ce monde de la délation, du lynchage et de la ratonnade médiatique ?


(Entretien avec Charlotte d’Ornellas et Geoffroy Lejeune in Valeurs Actuelles, 6/05/2021)

jeudi 10 septembre 2020

Les Frères musulmans et le totalitarisme islamiste

« L’islam va retourner en Europe comme un conquérant et un vainqueur (…) Cette fois-ci, je maintiens que la conquête ne se fera pas par l’épée, mais grâce au prosélytisme et à l’idéologie ».
(Youssef al-Qaradawi, ci-contre, cofondateur des grandes structures officielles des Frères en Europe, grand théologien et jurisconsulte de référence, mentor de Tariq Ramadan et téléprédicateur vedette d’Al-Jazira)

Dès 1928, l’objectif immédiat de Hassan al-Banna est de réislamiser les sociétés arabes par le contrôle de l’éducation. Leur leitmotiv : « le savoir, c’est le pouvoir. »

Partout où ils s’implantent,
1)   ils créent des écoles, des cliniques, des clubs sportifs, ils proposent des micro-crédits sans riba (intérêts) ;
2)   ils font de l’entrisme politique et syndical.

Après le 11 septembre, une perquisition au domicile de la banque des Frères musulmans à Lugano, par la police suisse, a révélé un texte, intitulé Le Projet. Objectif : constituer un réseau mondial décentralisé, en infiltrant tous les secteurs de la vie sociale et politique en Occident.

Chaque Frère doit créer sa propre cellule en recrutant des disciples.

En attendant, pour ne pas effrayer, il faut cultiver le secret, tenir un discours apaisant, pratiquer l’entrisme et la dissimulation.

Les indésirables sont éliminés par la manipulation ou, si besoin par l’assassinat. 
Al-Banna avait créé dès le début une « section spéciale » dont les membres prêtaient serment d’obéissance et de silence devant un coran et un revolver.
Leur devise : « La mort est un art. Le coran a ordonné d’aimer la mort plus que la vie. »

En 1936, les Ikhwan soutinrent tout d’abord la cause palestinienne et tissèrent dans ce contexte des liens avec les puissances de l’Axe et Amin al-Husseini, le grand mufti de Jérusalem. Celui-ci proche d’Al-Banna depuis la fin des années 1920, qui lui confie le secteur de la Palestine pour la confrérie, bénit les légions pronazies arabes et crée les divisions Waffen-SS Handzar (bosniaque) et Skanerberg (albanaise).
Condamné à mort pour crime de guerre par le tribunal de Nuremberg, le grand mufti est accueilli en héros en Egypte par les Frères. Depuis la banlieue du Caire, il confonde la Ligue arabe.

Le père de Tariq Ramadan, Saïd Ramadan, a fondé ses premières associations avec l’aide du banquier suisse de Hitler, François Genoud, puis avec l’argent du Pakistan et des monarchies du Golfe.

En Occident aujourd’hui, le Frères musulmans ont pignon sur rue.  Leurs projets associatifs bénéficient de subventions. Alors qu’ils appellent les musulmans à se désassimiler au nom d’un « droit à la différence » dévoyé.
Ils veulent diffuser leur vision totalitaire de l’islam sous couvert de respect de la religion.

En France, l’IESH a été créé en collaboration avec les monarchies du golfe, pour former les futurs imams européens à la lumière de la doctrine d’Al-Banna et du salafisme.

dimanche 6 septembre 2020

Quel islam prône l'université Al-Alzhar ?

En 1985, la très renommée université islamique, censure les Mille et Une nuits…

Ses théologiens sont allés jusqu’à justifier le meurtre de citoyens égyptiens accusés d’apostasie par des fondamentalistes musulmans.

Le 4 février 2019, le pape François et son recteur, Ahmed el-Tayeb, cosignent « un document historique sur la fraternité »
Le recteur affirme dans le document que « les droits des femmes doivent être pleinement reconnus »
Quelques mois plus tard, il clame que « tout croyant a le droit de corriger sa femme si celle-ci se montre désobéissante sous réserve qu’il ne lui brise pas les os. »

Al-Azhar fustige certaines mesures législatives adoptées par la Tunisie devenue démocratique depuis la chute du despote Ben Ali. Ce pays, en effet, a promulgué des lois consacrant l’égalité entre les citoyennes et les citoyens, en particulier dans le domaine de l’héritage, où l’islam classique prévoit que la femme doit hériter deux fois moins qu’un homme. 
Malgré les mises en garde des « mollahs » utraconservateurs d’Al-Azhar, le gouvernement tunisien, et c’est une première dans le monde arabe, a abrogé, dans la foulée, une disposition islamique interdisant à une musulmane d’épouser un non-musulman.

L’université soutient un projet de loi dont la finalisation est de criminaliser les athées en Égypte.