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mardi 26 décembre 2023

Noël n'est pas une fête païenne récupérée par les chrétiens

Qui n'a jamais entendu dire que Jésus n'est pas né un 25 décembre et que si l'Église avait pris cette date, c'était pour christianiser la fête païenne du solstice d'hiver ? 

Cette OPA symbolique du pape Libère en 354 fonctionna du feu de dieu. Le christianisme effaça le Soleil de l'horizon – et pour toujours. Les Romains ne croyaient-ils pas pourtant qu'il était invaincu ? À sa place, l'Église mit sur le trône de l'humanité le Soleil de justice. Intelligemment, elle s'appropria le meilleur du paganisme antique. L'Occident est l'héritier de cette épopée là.


Le 25 décembre est-il un détail du calendrier ? Que Jésus soit né à cette date ou à une autre importe-t-il peu ? Pas sûr à l'heure où l'on s'échine à tout déconstruire. Un Michel Onfray affirme que Jésus n'a pas existé. Et il est très médiatisé.


Or la vérité factuelle est l'assurance-vie du christianisme. Si le jour de l'incarnation devenait un mythe, Jésus ne serait plus qu'une figurine comparable à un bouddha posé sur une étagère. La Révélation deviendrait le passé d'une illusion, pour reprendre le titre d'un essai célèbre. Déjà atteintes par les abus, l'Église et la légitimité de sa parole s'en trouveraient anéanties. Noël ne serait plus une « marque déposée ». La débauche de consumérisme avait déjà dénaturé le sens de la Nativité, sans que l'institution n'y réagit avec virulence. Maintenant, la promotion d'un Noël dit « inclusif, diversitaire et féministe » s'emploie carrément à détourner l'événement, lequel ne ressemblera bientôt plus à rien.


L'enjeu n'est pas mince. Normalien, agrégé de philosophie, Frédéric Guillaud se pose une question simple dans un essai intitulé Et si c'était vrai ? (Marie de Nazareth, 2023). Il pense que Jésus peut réellement être né le 25 décembre.

Le calcul est le suivant : « Selon saint Luc, au moment de l'Annonce faite à Marie, date de la conception miraculeuse de Jésus, Élisabeth était enceinte de Jean-Baptiste depuis six mois. En outre, l'évangéliste nous apprend que la conception de Jean-Baptiste remontait au moment où son père, Zacharie, prêtre de la classe d'Abia, était en service au Temple. Or, des archéologues ont trouvé dans les manuscrits de Qumrân le calendrier des tours de service des différentes classes de prêtres. Il s'avère que, pour la classe d'Abia, c'était le mois de septembre. Voilà qui nous donne l'enchaînement suivant : conception de Jean-Baptiste fin septembre ; conception de Jésus six mois plus tard, c'est-à-dire fin mars ; donc, naissance de Jésus neuf mois plus tard… fin décembre ! CQFD. On rappellera au passage que, dans l'Église d'Orient, la conception de Jean-Baptiste est, comme par hasard, fêtée le 25 septembre, ce qui concorde avec la découverte des archéologues. »


Mais l'histoire ne s'arrête pas à ce chapelet de concordances. Ce que l'on ignore le plus souvent, c'est que les Romains ont cherché à paganiser une fête chrétienne. Frédéric Guillaud explique : « Quand on évoque la fête romaine du Soleil, on s'imagine en effet qu'il s'agissait d'une fête immémoriale, fixée au 25 décembre depuis longtemps. Mais pas du tout. C'est une fête postchrétienne (…) créée de toutes pièces par l'empereur Aurélien en 274 – sous le nom de "jour natal du Soleil invaincu : Sol invictus" ». Dans quel but ? Il s'agissait, poursuit-il, « d'unifier l'Empire sous un culte unique, issu du culte oriental de Mithra, à une époque où le christianisme menaçait déjà sérieusement le paganisme. » Car les Romains, jusque-là, ne fêtaient rien le 25 décembre : « Les Saturnales se terminaient le 20 décembre », précise Guillaud.

À cette époque, les chrétiens n'avaient pas encore officiellement fixé la date de Noël mais des communautés la célébraient déjà le 25 décembre. « En 204, Hippolyte de Rome en parlait déjà comme d'une date bien établie, dans son Commentaire de Daniel », rappelle Guillaud.

Ainsi, selon cette version, s'effondre l'idée reçue que Noël récupère une fête païenne. C'est plutôt l'inverse, Sol Invictus étant une réaction romaine à l'aube croissante de la Nativité.


(Louis Daufrenes, La Sélection du Jour, 23/12/2023)

samedi 24 décembre 2016

Noël, objet d'histoire

Au IIIe siècle, aux chrétiens qui voulaient fêter la naissance du Christ, Origène, Père de l’Église, objecte encore qu’il s’agit d’une coutume païenne.

Noël s’installe au cours du IVe siècle. 

(…) le choix de la date du 25 décembre ne répond pas à la préoccupation de neutraliser une fête païenne, celle du Sol Invictus romain, mais plutôt au souci de profiter du symbolisme cosmique. Le solstice devient le jour où naît le « vrai » soleil de justice identifié au Christ (…)

La première crèche installée à l’intérieur d’un sanctuaire serait celle de l’église des jésuites de Prague, datant de 1562. En France, il faut attendre le XVIIe siècle pour que cette pratique se développe, sous l’influence de l’Oratoire et de sa spiritualité de l’enfance (…)

La fête donne lieu à des débordements jusqu’au XVIIe siècle. Entre le 25 décembre et le 6 janvier, les codes étaient bousculés, inversés, avec les jeux et défilés, les fêtes de l’âne ou des fous ou cette curieuse fête de l’évêque des Innocents, le 28 décembre, où un enfant déguisé en évêque menait l’office (…)

Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, les monarques s’identifient à l’Enfant-Roi ou aux mages de la crèche, qui deviennent opportunément des « rois » mages. C’est à Noël que Clovis reçoit le baptême. À Noël, que Charlemagne se fait couronner en l’an 800.

(…) le totalitarisme hitlérien qui cherche à gommer l’aspect chrétien de la fête.

(Extrait d'un article de La Croix, 22/12/16 à propos du livre "Noël, une si longue histoire" d'Alain Cabantous et François Walter.)