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lundi 8 juin 2020

Sylvain Tesson

Styliste des descriptions naturelles (formation de géographe, cf Julien Gracq)

Vanité germanopratine malgré ses bottes de sept lieux (c’est d’ailleurs son tiraillement existentiel).

Sauvé par l’humour qu’il a envers lui-même (lucidité non feinte).

Mère catholique de rite Greco-Melkite (comme notre famille). Pour lui, Jésus est un « anarchiste crucifié ».

mercredi 29 avril 2020

Sylvain Tesson et le confinement

"L'ennui n'est pas chose moderne. Ce qui est nouveau, c'est le vide intérieur. Vitalie, la sœur de Rimbaud, en virée à Londres, s'ennuyait à mourir ! Au moins avait-elle recours à son écritoire. Elle décrivait sa morosité à sa sœur Isabelle dans de très belles lettres. Mais l'instruction publique avait donné à cette jeune fille les armes de l'alphabétisation. Remplir de ses pensées une feuille de papier est la plus démocratique, la plus égalitaire, la plus bénéfique, la plus modeste et la plus écologique des occupations (…)"

"Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l'accusez pas. Accusez-vous vous même de ne pas être assez poète pour appeler à vous ses richesses." (Rainer Maria Rilke)

Cela dit, répétons-le (parce qu'en France, tout se réduit à la question du statut social, rien ne se pose jamais en termes spirituels), c'est facile de convoquer l'imagination quand on possède, à portée de soi, la possibilité d'un jardin (…)

Jésus n'était pas confiné. Ce fut, comme tous les révolutionnaires, un homme de la route. Parole et mouvement ! Semelles de vent !"

(Extraits d'un entretien in La Vie, 16/04/2020)

dimanche 14 avril 2019

Sylvain Tesson et la "révolution numérique"


La révolution numérique donne à tout le monde voix au chapitre. Vous n’avez rien à dire ? Hurlez-le ! Voilà ce que propose le dispositif numérique : un porte-voix qui prend davantage en compte le volume sonore que la valeur du propos. Il y a là une fable à caractère hydraulique : il faut s’imaginer les grands génies de la Silicon Valley qui ont installé autour du Globe terrestre des millions de kilomètres de tuyauterie et de câbles. Ce qui passera dedans ? Peu importe ! disent-ils. Des excréments ou de l’or, c’est la même chose ! Tout se vaut frères humains ! Voilà ce qu’ils proclament avec leurs outils technologiques qui sont l’incarnation de la pensée égalitariste. Moi, je viens de la civilisation d’avant : celle des sourciers, les hommes qui cherchaient l’eau avant de creuser les canaux. Autre chose que nous mesurons mal : cette technologie est une arme de dompteur. Elle rend service aux maîtres, elle permet la soumission des masses.

Je suis éberlué par les gens qui se passionnent pour l’innovation. Il n’y a rien de plus ringard que ce qui est innovant. Moi, je suis passionné par les invariants.

L’horizon de l’humanité type Silicon Valley, c’est l’institutionnalisation de l’adolescence en modèle de vie. C’est une forme de sénilité. Plus le monde réel se dégrade, écosystémiquement parlant (50% des vertébrés des zones humides ont disparu), plus on se réfugie dans le virtuel. « Les nouvelles technologies vont arranger les choses », disent-il. On se rêve autre chose, car on est incapables de se contenter du monde. On l’a salopé. Alors on cherche à aller sur Mars. Le fétichisme cybernétique est un messianisme. Internet, c’est un fusil dans les mains d’un singe. C’est un prétoire géant, un palais de justice global. Alors je cherche à prendre la fuite.

(Entretien dans la revue Limite, juillet 2018)