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dimanche 14 janvier 2024

Deux films actuels, deux inepties idéologisées

Mes parents commencent à regarder un western, je continue d’abord à lire. Puis, assez vite, je me rends compte qu’il y a Nicolas Cage. Ça s’appelle Butcher’s Crossing, et c’est sorti l’année dernière. 

C’est l’histoire d’un jeune étudiant d’Harvard qui a décidé de tout quitter pour partir à l’aventure. Dans une petite ville du Kansas, il rencontre Miller (Nicolas Cage), un chasseur de bisons et s’embarque avec lui et deux autres gars dans les montagnes du Colorado : Miller dit avoir repéré un coin, connu uniquement par les Indiens, où se baladent d’immenses troupeaux. 

J’ai cru que ça allait être bien, j’aime bien les films d’aventure, donc j’ai arrêté de lire.


Et puis, peu peu, j’ai déchanté. 

J’ai d’abord trouvé le montage étrange, limite débile.

Puis le personnage du jeune a commencé à m’agacer avec sa passivité, son physique de roux mou (un certain Fred Hechinger). 

J'ai attendu l'attaque des Indiens… en vain.

Miller (Cage, un « boomer » pour incarner les méchants white men) abat les bisons les uns après les autres, sans que le troupeau ne bronche. 

Et puis l’hubris de Cage qui veut toujours plus de peaux (on ne sait pas pourquoi, mais bon c’est dicté par l’idéologie woke de ce western de notre temps) va les coincer pendant l’hiver. On va s’ennuyer avec eux. 

Finalement le printemps arrive, ils repartent. Dans une pente, un essieu se pète, la cariole culbute dans un ravin avec son conducteur (un vieux, qui radotait des trucs religieux, bref un déjà mort) et sa cargaison. 

Et quand ils retournent à Butcher’s Crossing, le marché de la fourrure de bisons s’est effondré. C’est ballot et furieusement start-up nation. 

Un des marchands qui avait tenté de dissuader le jeune blanc-bec de partir dans cette expédition lui demande :

- Ça en valait le coup ?

- J’ai vu ce que je voulais voir, monsieur 

-La jeunesse… vous pensez toujours qu’il y a quelque chose à découvrir. Ça ne vous suffit pas, un emploi et travailler, il vous faut quelque chose de plus grand. »

Et le jeune de partir dans un rire à la limite des pleurs… 

Après cette scène, j’ai arrêté , même s’il ne restait que quelques minutes. Trop insupportable. 


Bref, un western de la génération Z : mou, déprimant, mal fichu, politiquement correct (ecolo/indigeno/pasboulo)


Ensuite, je me dis bon, je vais regarder un documentaire que j’avais mis dans mes favoris depuis un moment : « Vigo, Renoir et Grémillon, les éclaireurs de l’ombre ». Je regarde surtout à cause de Gremillon dont j’ai récemment découvert le génie. 

Très vite je me rends compte que là aussi, c’est un documentaire de cette génération d'endoctrinés : ça parle en fait des Noirs dans le cinéma français des années 30. Des effets délétères de la transdisciplinarité idéologisée imposée dans l'éducation nationale.

Là aussi, c’est mou et déprimé. Et le niveau, malgré une prétention intellectuelle, est médiocre et confus. 

J’ai tenu 10 minutes…

lundi 25 décembre 2023

Pierre Valentin : quelques vérités sur le wokisme

Que vous inspire cette affirmation que l’on a souvent entendue : le mouvement woke n’existe pas ?

Pierre Valentin.  La plus grande ruse du “wokisme” est de faire croire qu’il n’existe pas. Mais paradoxalement, cette stratégie peut constituer un aveu de faiblesse assez dommageable pour le mouvement lui-même. On l’a vu aux États-Unis, lorsqu’en 2021 l’État de Virginie a dû élire un nouveau gouverneur. Tout penchait en faveur d’un candidat démocrate, puisque l’assemblée législative locale et les sénateurs étaient démocrates. Mais le candidat républicain, dans sa campagne, se mit à dénoncer l’enseignement à l’école de la théorie critique de la race, appuyé par des parents. La stratégie du Parti démocrate fut alors de répliquer à ces parents : “Vous n’avez pas vu ce que vous avez vu de vos yeux” afin d’esquiver le débat. Résultat, le candidat républicain fut élu.

Ainsi, souvent ceux qui défendent les thèses du wokisme s’en défendent. C’est un des rares cas où l’oiseau sémantique de la gauche s’est échappé de la cage. D’habitude, les tenants de la gauche contrôlent le champ lexical. Concernant le wokisme, c’est un mot qui était initialement, il faut le rappeler, une auto-revendication, et qu’ils ont donc inventé. Mais lorsque l’oiseau s’est échappé, qu’ils ont perdu le contrôle du mot, il a fallu l’abattre à tout prix. Il est bien plus aisé, pour eux, dans un débat, de se dire antiracistes ou antisexistes car cela sous-entend que leurs adversaires sont racistes ou sexistes, plutôt que de se dire woke et d’affronter, donc, un anti-woke.

L’existence du mot woke permet de poser le débat dans des termes qui ne sont pas acceptables par la gauche. Je pense que c’est pour cela que le mot l’irrite tant. En outre, je parle de “gauche” volontairement et pas simplement de wokisme, parce que les partis, les hommes politiques et les institutions de gauche qui utilisent encore wokisme ou woke sont devenus très, très rares. À ma connaissance, il y a Marianne et la Fondation Jean-Jaurès. Cette raréfaction est une première défaite sémantique car, souvent, quand ils avalisent la non-existence d’un mot, ils finissent, après, par avaliser la chose, ou a minima ne plus la critiquer.

Comment expliquer que le wokisme se développe à gauche de l’échiquier politique ?

Quand on met côte à côte la “vieille” gauche et le wokisme, il y a pourtant des points de divergence massifs, comme l’universalisme, le rationalisme, la laïcité… Néanmoins, on observe, par exemple, que l’emploi de l'écriture inclusive explose au sein des partis de gauche. Élisabeth Badinter elle-même a concédé un peu la défaite, en expliquant : « Une partie de la gauche a adopté cette idéologie (woke), une autre n’est pas forcément d’accord mais suit en silence pour ne pas être catégorisée dans le camp des bourreaux. » Comment expliquer cette dynamique ?

Si les points de divergence ont souvent été mis en exergue, les points de convergence sont, eux aussi, très forts, et même suffisamment forts pour qu’ils soient préférés aux principes que je viens de citer et qui distinguaient ces deux gauches. Ces points de convergence sont la notion de “jeunisme” théorisée dès 1968, qui a constitué une des bombes à retardement idéologiques que la gauche a ramenées en son sein. On peut citer également la notion de sens de l’histoire. Ces deux gauches ont en commun un même « snobisme chronologique » dont parlait C.S. Lewis. Tout ce qui est du passé est dépassé, et tout ce qui est nouveau est forcément mieux. S’y ajoute la fascination pour la figure de “l’Autre”. En désignant toujours plus de nouvelles minorités, comme les transgenres ou les musulmans, les wokes en font des nouveaux “damnés de la terre” qui ont un effet paralysant sur la personne de gauche. Quelles que soient les contradictions engendrées par le soutien de cette nouvelle minorité (comme le fait que cela signe l’abandon de l’universalisme, la relégation des femmes, etc.), l’interlocuteur de gauche ne pourra s’opposer à cette figure de l’Autre pour ne pas être relégué, par son opposition, à l’extrême droite.

Le wokisme n’est-il pas un mouvement nécessaire de défense des minorités du globe ?

Sauf que les minorités ne sont pas défendues en soi, mais en tant que capacité de déconstruction des normes occidentales. Elles ont ainsi un rôle instrumental et c’est pour cela que j’emploie l’expression “chair à canon déconstructrice”. Une fois que la femme (“minorité” majoritaire par ailleurs) a été utilisée pour accabler l’homme et le déconstruire, on va se débarrasser d’elle et la remplacer par le transgenre, qui a un potentiel déconstructeur supérieur et n’est pas limité par sa biologie. Là où la femme ne peut qu’accabler l’homme, la catégorie du trans permet d’accabler carrément la distinction homme/femme elle-même.

Cette instrumentalisation des minorités se vérifie dans de multiples exemples. Ainsi, la théorie critique de la race aux États-Unis postule que le système occidental états-unien est fait par et pour les Blancs. Quand des minorités non blanches se mettent à se débrouiller remarquablement bien, par exemple comme les Asiatiques ou les Juifs, on va les traiter de White adjacent, c’est-à-dire de quasi-Blancs, de proto-Blancs, et donc proches de la blanchité désignée comme le mal suprême. Ils sont symboliquement déchus de leur statut de minoritaires. C’est un cas d’école : les wokes ont ici préféré défendre leurs théories plutôt que de défendre un groupe ethniquement minoritaire.

Ils sont pétris du ressentiment qui les pousse à faire l’éloge d’une minorité non pas pour ce qu’elle est, mais pour sa capacité à détruire une norme. L’importance est d’accabler un certain type de coupable plutôt que de défendre un certain type de victime. La sollicitude envers la minorité sert à masquer la haine envers la majorité.

Est-ce pour cela que vous constatez que « l’idéologie woke n’est qu’une pure négation » ?

Ce constat est, à mes yeux, la seule façon de donner une sorte de cohérence à la myriade de contradictions internes que les gens soulèvent régulièrement au sein de ce logiciel. Par exemple, la philosophie queer, qui est une branche très importante du wokisme, va dire que sa propre mouvance est indéfinissable, que son contenu positif est vide. Par contre, là où elle se définit très bien, c’est qu’elle est en opposition avec la norme du moment, le légitime, le dominant, etc. Donc, le contenu positif est absent, alors que le contenu négatif est très clair. Lorsqu’on demande aux wokes de dépeindre leur utopie, ils le font toujours de façon négative. Ce serait un monde sans domination, sans racisme, sans discrimination, etc.

Cela a pour conséquence un mécanisme identifié par Orwell dans la Ferme des animaux qui décrit une révolution faite par les cochons, lesquels symbolisent l’avant-garde éclairée, au nom du reste de la ferme, les dominés. Ces cochons martèlent qu’il faut éradiquer l’homme et que tout ira mieux. Message qui, par ailleurs, est le même que celui du féminisme contemporain. In fine , les cochons qui devaient abolir les hommes trinquent avec eux et on est revenu au point de départ. Ils ont effectué un tour sur eux-mêmes. Orwell nous prévient ainsi, entre autres, que dès que l’on présente son projet politique par la négative, on finit par revenir au point de départ.

Les événements depuis le 7 octobre  le montrent : une grande part du progressisme occidental post-Seconde Guerre mondiale a eu comme point de départ la lutte contre l’antisémitisme. Cette tendance progressiste a donné naissance au wokisme. Mais aujourd’hui, on revient à l’antisémitisme que l’on cherchait précisément à éviter.

Vous observez d’ailleurs que ces postures de négation sont dans la logique du bouc émissaire théorisée par René Girard.

En effet, et cela nous rappelle que l’intersectionnalité – le projet implicite ou explicite de la gauche depuis de nombreuses décennies -, qui apparaît comme innovante et transgressive, nous ramène, en réalité, à la plus archaïque forme d’unité du monde, préchrétienne, celle du bouc émissaire. C’est également l’approche du psychanalyste de la Fondation Jean-Jaurès, Ruben Rabinovitch, qui explique que sans ennemis, le wokisme se dissoudrait. L’unité de l’ennemi confère une cohérence au groupe sans laquelle il n’est pas. Pire que ça, sans ennemi, le groupe s’autodétruirait. Je cite également le politologue Pascal Perrineau qui explique qu’avec l’effondrement de la social-démocratie et du communisme (on pourrait même ajouter, à certains égards, du projet libéral), la gauche est en perte de grands récits unificateurs. Et le wokisme va lui offrir une forme d’unité, mais négative. Donc, plus le contenu positif de la gauche devient flou, se dissout et disparaît, plus l’ennemi commun va devenir important et le chantage à l’extrême droite va s’accélérer.

Vous expliquez que le wokisme incarne une « révolution contraire ». De quoi s’agit-il ?

C’est une idéologie qui est en mouvement permanent. Le terme woke vient initialement de # staywoke qui implique donc un état en changement permanent, nécessitant une grande attention puisque l’on pourrait à tout moment s’endormir. Typiquement, le drapeau LGBT, par inclusion, a été obligé d’accepter sans cesse de nouvelles couleurs, de nouveaux symboles. J’encourage tous les lecteurs à aller voir la version de Microsoft qui présente la version la plus inclusive qui puisse être. On ne comprend rien. C’est proprement psychédélique, avec une quantité hallucinante de symboles et de couleurs. C’est très intéressant, car ce sont les principes d’inclusivité qui s’incarnent et on en voit toutes les contradictions, cela ne ressemble plus à personne, et ne rassemble pas plus.

Quant au côté révolution “circulaire”, il faut bien comprendre que les wokes ne veulent pas renverser le système, mais l’inverser. Ils veulent simplement échanger les rôles de dominants et de dominés. Je cite ainsi des propos qu’on pourrait proprement qualifier de “proto-génocidaires” sur les Blancs qui sont émis par les médias américains comme : « La blanchité est un virus qui ne sera pas éradiqué tant qu’il y aura encore des porteurs. » C’est loin d’être une demande d’égalité. C’est une expression du ressentiment. Mais on ne peut pas, dans l’espace public, dire “Nous voulons nous venger”. Par contre, on peut affirmer “Nous voulons de l’égalité”. Tout ce ressentiment se justifie par une demande pudique de “rééquilibrage historique” dont la fin n’est jamais donnée.

Ce mouvement va-t-il vers sa propre destruction ? Qu’en attendre, qu’espérer ?

La plupart des préconditions psychologiques et sociologiques ont été accentuées par les divers confinements. L’atomisation sociale, la bureaucratisation des rapports sociaux, le fort égalitarisme idéologique et la diversité visible, par exemple, s’accélèrent.

Toutefois, la décrédibilisation du wokisme émerge, notamment depuis le 7 octobre dernier et sa position vis-à-vis de l’antisémitisme. Le système médiatique se nourrit toujours d’un bouc émissaire, mais celui-ci est peut-être en train de changer. Ce serait désormais davantage l’extrême gauche que l’extrême droite. Et c’est une dynamique intéressante dans l’optique de lutter contre le wokisme, parce que la culpabilisation se défait, d’une certaine façon, par la question de l’antisémitisme qui est là où cette culpabilisation s’est faite initialement. Si on part du principe que la culpabilisation chez les majoritaires et le ressentiment chez les minoritaires sont l’essence psychologique qui fait tourner le sadomachisme woke , la déculpabilisation du majoritaire commence à avoir lieu depuis un moment, même si elle part de loin.

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Pierre Valentin. Jeune diplômé en philosophie et politique de l’université d’Exeter (Angleterre) 

Entretien dans Valeurs Actuelles du 14 décembre 2023.

dimanche 1 octobre 2023

Houellebecq - Onfray : extraits d'un entretien

MICHEL ONFRAY

On préfère oublier que les philosophes des Lumières voulaient un homme nouveau et l'amélioration de la race. Prenez Émile de Rousseau, c'est une pédagogie très autoritaire, très étatique. Bref, l'eugénisme est un produit des Lumières.


MICHEL HOUELLEBECQ


Mon second argument, c'est le scandale du concept de « mourir dans la dignité ».

Ça veut dire que refuser l'euthanasie, accepter de se montrer physiquement diminué, ça manque quand même un peu de dignité. Je trouve répugnant de suggérer une telle chose (…)

Il y a une tendance récente, que j'ai particulièrement remarquée dans l’affaire Vincent Lambert, qui est de réduire les gens à leur capacité de communiquer avec autrui. Je trouve ça infect et, par ailleurs, stupide. Personne ne sait ce qui se passe dans un autre esprit humain. Personne ne le sait réellement.


MO


Sur Kant, vous avez raison, c'est vraiment le grand penseur de la dignité, et il n'a pas envisagé une seule seconde qu'on puisse se suicider.

Contrairement à ce que l'on croit, le kantisme n'est pas seulement la philosophie du devoir à l'endroit d'autrui et de l'impératif catégorique. Pour lui, on a aussi des devoirs envers soi-même.


MH


(…) je me suis dit que l'agonie était un moment très important; que c'était vraiment quelque chose qui faisait partie de la vie et qui ne devait pas être escamoté.

Au cours des différentes agonies dans lesquelles j'ai été impliqué, j'ai acquis la certitude qu'il aurait été très grave d'y mettre fin prématurément.


MO


(…) je distinguerai d'abord l'hypothèse d'un Dieu déiste et celle d'un dieu théiste. Le Dieu déiste se borne à créer le monde, tandis que le Dieu théiste s'occupe de tout. Après le tremblement de terre de Lisbonne, en 1755, Voltaire se demande pourquoi Dieu a voulu un tel désastre. Une réponse théiste à cette question, que l'on trouve notamment chez Camus, dans La Peste, c'est que les hommes paient le fait de n'être pas assez pieux. La réponse déiste, c'est que Dieu a créé la tectonique des plaques mais se moque complètement, depuis, de gérer les affaires courantes de la géologie planétaire. Voltaire choisit donc la réponse déiste (…)


La religion, c'est ce qui suppose qu'il existe un arrière-monde et que celui-ci donne sens au monde.


MH


Ce qui est intéressant, c'est que le bouddhisme ne propose pas d'arrêter le cycle, mais, si possible, d'en sortir pour rejoindre l'âme du monde dans un état de béatitude et de sérénité.


MO


De sorte que même s'il n'y a pas Dieu, il y a quand même une transcendance, qui est la condition d'une religion. Et c'est ce qui lui procure son vitalisme.


MH


C’était merveilleux, à l’époque, de voir à  quel point chaque pays était différent, à quel point c'était intéressant de voyager. J'ai compris alors que si on faisait l'Europe, toute cette diversité allait disparaître et serait remplacée par le modèle américain.


MO


(…) si Victor Hugo veut unifier l'Europe, c'est pour aller foutre la pâtée aux Asiatiques et aux Africains. Leur amener les Lumières, de gré ou de force. C'est explicitement indiqué dans son fameux texte sur les Etats-Unis d'Europe, qui procède d'une logique belliciste et belliqueuse. Mais évidemment, les « maastrichiens » ne l'ont pas lu et disent que c'est formidable, l'Europe de Victor Hugo, alors qu'en réalité, il rêvait très précisément de fabriquer une hypernation pour aller détruire et civiliser le reste du monde.


(…)

Quand je vois, au Louvre, la manière dont ça se passe... On est poussé par des centaines de gens, comme une matière fécale dans un transit intestinal.


(…)

Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter au président américain Woodrow Wilson qui, en 1920, a établi un projet de domination du monde. Puis, en 1944, les Américains ont, comme vous le savez, voulu s'imposer en France. Ils ont débarqué en Normandie, avec un projet d'occupation, qui se serait appuyé sur une administration, l'AMGOT, 

(…) Pour eux, la France, à ce moment-là, était une terre vassalisée. D'ailleurs, le débarquement du 6 juin avait pour nom de code Overlord, qui signifie « suzerain », on ne saurait mieux dire (…) 

Jean Monnet, qui, comme on le sait, était payé par la CIA.


MH


Les guerres modernes sont parvenues à un trop grand niveau d'abomination par la conscription obligatoire, rapidement utilisée par des dirigeants de triste mémoire comme Napoléon, qui a été le premier à disposer d'une masse de chair à canon infinie. 


MO


Je crois, cher Michel, que le péril de l'Europe, c'est l'Allemagne, ce pays qui a toutes vos faveurs et qui est quand même un incroyable rouage de transmission de la machine américaine. Il est assez sidérant que les Allemands soient en train de se réarmer à la faveur du conflit en Ukraine et qu’ils achètent leurs avions aux Etats-Unis.


MH


(…) j'avais deviné que l'Université serait un des premiers lieux de la collaboration avec l'islamisme.

Ce n'était pas évident, a l'époque, le mouvement woke n'existait pas en France.


MO 


Je dirais plutôt que le christianisme a perdu de son incandescence quand le théisme est devenu déisme avec Descartes….


MH


Je me suis longtemps demandé ce qui se passerait quand les intersectionnalistes se retrouveraient face à leur contradiction la plus flagrante, l'opposition frontale entre l'islam et le féminisme. Eh bien, j'ai vu. L'affaire des viols de Cologne m'a ouvert les yeux. En cas de difficultés avec l'islam ou même, simplement, avec l'immigration, les féministes s'écrasent, pour ne pas employer de terme plus déplaisant. Les féministes occidentales ne sont pas si dangereuses que ça, elles sont aussi lâches que les hommes occidentaux, tout aussi prêtes à se soumettre (…)

J'ai été frappé par la fin de White, le dernier livre de Bret Easton Ellis, qui raconte ce à quoi il a assisté lors de l'arrivée au pouvoir de Trump. Ses amis sont presque tous des juifs libéraux de gauche. Ils ont adopté des comportements bizarres.

Pendant quelques dizaines de pages, l'auteur essaye de qualifier leur comportement et il finit par se résigner à utiliser le seul mot qui convienne: en fait, ils sont devenus fous. Ils ont réellement cru qu'ils étaient physiquement menacés par l'administration Trump.

Beaucoup se sont réfugiés en Europe.

Ils sont tous riches, alors ils sont allés dans le Lubéron ou en Toscane. Un comportement aussi névrotique ne peut exister qu'aux Etats-Unis d'Amérique. Moi, j'avais cru bêtement, au moment de l'élection d'Obama, qu'une réconciliation allait se produire entre les Blancs et les Noirs. Alors que c'est exactement l'inverse qui s'est produit, tout s'est aggravé. Tout est devenu plus violent et plus imprévisible. Donc, je ne parierais rien sur ce que penseront les Américains dans dix ans. Il se peut que le mouvement woke disparaisse en quelques semaines. Et nous sommes complètement à la remorque des États-Unis. Complètement. On ne peut pas lutter contre ce qui vient d'Amérique.

On n'est pas mentalement armés pour ça. Ce qui m'amène à cette conclusion désolante: notre seule chance de survie serait que le suprémacisme blanc devienne trendy aux USA (…) 


En France, la minorité ethnique étrangère la plus appréciée, et de loin, est asiatique.

Et elle a également été, pendant des décennies, la moins assimilée, et de loin.

(…) pour une seule et très bonne raison: il y avait moins de délinquants chinois que de délinquants français du même âge. Beaucoup moins. 


MO


Il faut prendre ces trois sources, où l'on voit que Mahomet tue des gens, qu'il les décapite, même, et qu'il indique ce faisant une voie pour atteindre le paradis.

(…) Mais il y a aussi les versets abrogeants, qui disent que quiconque tue un homme tue tous les hommes et que quiconque sauve un homme sauve tous les hommes (…)

(…) le grand mufti de Jérusalem avait choisi son camp quand il est allé voir Hitler pour soutenir la création de divisions SS composées de nazis musulmans.

Après avoir, dit-on, prié dans la seule mosquée qu'il y avait à Berlin à cette époque-là, il aurait recommandé au führer de « ne pas oublier les enfants » dans les rafles de juifs…


(…) Je pense que c'est plutôt le modèle de l'adolescent qui est gênant dans notre société, davantage que le modèle de l'enfant.

Pendant longtemps, l'adolescence, ça n'a pas existé. Et puis, on a inventé cette période de la vie, qui nous permet d'être des enfants quand c'est avantageux et des adultes quand ça l'est également. Résultat, on a des têtes à claques. La tyrannie de l’adolescence, c’est terrible.


MH


En fait, ce que je préfère chez de Maistre, ce sont ses écrits contre le protestantisme. Il met le paquet et pour lui, c'est clair, tout le mal vient de Luther, y compris la Révolution française.

(…)


En 2050, rien qu'au Nigeria, il y aura 400 millions d'habitants. Pendant ce temps, l'Europe continuera de se de peupler. Après, c'est de l'hydraulique.

Le transfert se fera et la composition de la population changera sur le plan ethnique, ce qui ne me dérange pas particulièrement. Mais aussi sur le plan religieux, ce qui me dérange bien davantage.


MO


Nous vivons dans la jurisprudence de Michel Foucault qui était très problématique d'un point de vue intellectuel. Il pensait que la société est toujours coupable, les criminels toujours des victimes.


(in Front Populaire, Hors-Série n°3, décembre 2022)

samedi 24 juin 2023

La censure prend ses aises pour s’incruster dans nos mœurs

La censure resserre son étreinte sur la liberté d’expression dans des pays réputés y être attachés de toutes leurs fibres, dont la France. Elle s’exerce au nom du « wokisme », de l’activisme LGBT, d’un féminisme exacerbé, et plus généralement d’une « bien-pensance » lovée au cœur de l’État, des grandes organisations internationales (ONU, UE), des plateformes numériques (GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), et de nombreux médias. Sans oublier les agences de publicité qui rompent avec les médias suspects de dissidence.

La censure atteint même l’Assemblée nationale, un lieu où la parole devrait être libérée non certes de la bienséance, mais des diktats de la bien-pensance. Lorsque, par exemple (en octobre dernier), la présidente de l’Assemblée inflige des sanctions à un député RN parce qu’il a qualifié le ministre de l’Éducation Pap Ndiaye de « communautariste », et à une députée Renaissance parce qu’elle a traité le RN de parti « xénophobe », on frôle la police de l’expression : pour être désagréables et contestables, ces deux termes ne sont pas à proprement parler des insultes. Les lointains prédécesseurs de nos représentants sur les bancs parlementaires s’envoyaient sans vergogne des noms d’oiseaux, mais ils les servaient généralement dans un français dont le bon usage s’est perdu... Aujourd’hui, privés du recul et de l’humour que donne la culture, tout un chacun s’estime offensé pour un mot jugé malsonnant ou pour une expression réputée « incorrecte ». Petit bagage intellectuel, énorme ego victimaire...

Cette hypersensibilité est exploitée à fond et portée à l’incandescence par le « wokisme » qui nous est revenu d’Outre-Atlantique, tel un boomerang : c’est à la Sorbonne et à Nanterre qu’ont été enseignées dans les années soixante les théories marxisantes, libertaires et « déconstructivistes » qui ont inspiré le « gender » (la théorie du genre) et la « cancel culture » (culture de l’annulation), idéologies concoctées dans les universités américaines (cf. LSDJ n°319). Aujourd’hui, le « wokisme » prétend « annuler » le passé supposé « genré », « racisé », « colonial » … et interdire par tous les moyens de penser autrement. En France aussi, il impose son terrorisme intellectuel jusque dans un lieu où la liberté de s’exprimer devrait être sacrée : l’université. Or il y règne un totalitarisme qui prétend museler l’expression de toute pensée dissidente en interdisant le débat, au mépris de la liberté académique. On ne compte plus les conférenciers empêchés de s’y exprimer : Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Élisabeth Badinter, Sylviane Agacinski, Michel Onfray, Régis Debray, Jacques Julliard, intellectuels pourtant classés à gauche mais critiques de cette « cancel culture », nouvelle « révolution culturelle » qui traque les opposants assimilés à des « racistes » et des « fascistes », attachés à la suprématie de l’homme blanc hétérosexuel, et à des « islamophobes » ou « homophobes » (en réalité des opposants à l'islamisme ou à la GPA). En octobre 2019, l’université de Bordeaux avait déprogrammé une conférence de Sylviane Agacinski sous la pression menaçante d'associations LGBTI+. Pourtant, cette même université de Bordeaux a complaisamment ouvert ses portes, le 28 mars 2023, à un conférencier inattendu : le terroriste (non repenti) Jean-Marc Rouillan, co-fondateur d’Action Directe, coupable, entre autres crimes, des assassinats de l’ingénieur général Audran (1985) et du PDG de Renault Georges Besse (1986). L’« annulation » ne touche pas seulement des conférences. En mars 2019, une des pièces de théâtre les plus célèbres de la littérature universelle, « Les Suppliantes » d’Eschyle (Ve siècle av. J.-C.), n’avait pu être représentée à la Sorbonne sous prétexte que des « vigilants » y auraient discerné du « racisme »...

Après l’université, l’édition a embrayé sur la mode « woke » en s’exerçant à supprimer ou à réécrire tous les passages potentiellement « offensants » de la littérature universelle ! Là encore, le mauvais exemple vient des pays anglo-saxons. Les éditeurs ont engagé des « sensitivity readers » chargés d’expurger les livres de tout passage jugé contraire à l’« inclusivité ». Cela peut conduire à changer jusqu’au titre : le célèbre roman policier « Dix petits nègres » d’Agatha Christie est désormais titré dans sa version française : « Ils étaient dix ». Même mésaventure pour le sublime « Nègre du Narcisse » du grand romancier Joseph Conrad, rebaptisé « Les Enfants de la mer » (nb : « nègre » sonne aujourd’hui désagréablement mais ne dit rien d’autre que « noir » : niger en latin). Le cinéma a naturellement suivi voire précédé cette « révolution culturelle » que le ridicule n’est pas encore parvenu à enrayer... En témoigne la dernière exclusion en date, celle du journaliste Eric Naulleau : ce collaborateur de « Marianne » (en lien ci-dessous) vient d’être viré du jury du festival du film de Cabourg pour avoir accordé un entretien au magazine « Valeurs actuelles ».

(Philippe Oswald, LSDJ, Juin 2023)